En préambule quelques notions concernant le camouflage. L’œil humain perçoit de façon quasi instantanée :
- Le mouvement
- Le visage « pâle » d’un Eurasien
- La découpe particulière formée par le haut d’un corps humain (épaules et tête)
Mais aussi Que :
- Dans la nature il n’existe pas de grandes surfaces noires (même la nuit)
- Rien n’est aussi blanc que la neige
- En extérieur même la nuit la plus noire n’est jamais totalement noire
- Que les unités d’intervention adoptent le noir non pour se camoufler mais pour impressionner l’adversaire
Définition et origine du mot Camouflage
Le terme camouflage désigne tout moyen ou dispositif visant à rendre moins visible ou à donner une apparence trompeuse à un objet ou à un être vivant.

Le mot camouflage a été créé en 1914 dans le jargon militaire Français à partir du verbe Italien, « camuffare ».
Une autre source possible est que le terme a probablement été modifié en Français par l’influence du mot « camouflet » (« bouffée de fumée », « fumée soufflée au visage d’un dormeur ») sur la notion de dissimuler en « soufflant de la fumée au visage de quelqu’un ».
Historiquement, les teintes utilisées afin d’obtenir un effet camouflant sont des nuances de vert, de kaki, de brun ou de beige. Le gris, le blanc ou le noir peuvent être également utilisés notamment pour les camouflages « hivernaux ». Mais en tout état de cause les couleurs sont mates.
Un système camouflant est réalisé à partir de différents matériaux et techniques, tels que des peintures, branchages, des filets de camouflage ou des tissus imprimés.
Dans le domaine militaire, le camouflage est largement utilisé pour dissimuler à la vue de l’ennemi des infrastructures, du matériel, des véhicules, des navires, des avions et bien sur du personnel.
Quelle est l’histoire du camouflage militaire ?
Une nécessité moderne :
L’utilisation du camouflage militaire dans l’uniforme des fantassins lors de la Première Guerre mondiale est le signe du passage à l’ère des guerres modernes. En effet, dans les conflits des époques précédentes, les tenues voyantes permettaient surtout de mieux distinguer les différentes unités sur un champ de bataille. Terrain d’engagement aux dimensions relativement restreintes, aux contours bien délimités, où la puissance et la portée des armes du fantassin étaient faibles et où la majeure partie des combats se faisait au contact, voir au corps à corps.
Mais en plus de cette nécessité d’identification aux combat, les tenues étaient « la vitrine » de telle ou telle formation, leur sophistication et leur éclat renforçant le sentiment d’appartenance.
Avec l’augmentation de la portée et de la cadence de tir des armes à feu, la dissimulation devint une nécessité vitale pour le soldat.
Première Guerre mondiale
Aux premières heures du conflit seules les armées Britanniques, Allemandes et des États-Unis adoptaient des couleurs dans différents tons de kaki qui rendaient les soldats moins visibles. Bien que l’expérience des Britannique durant la guerre des Boers ait mis en évidence l’efficacité des tenues « ghillie suit » pour les francs-tireurs leur utilisation opérationnelle ne fut pas généralisée.
Les premières utilisations du camouflage servirent surtout à dissimuler les navires (la marine Britannique, pendant la Première Guerre mondiale, l’appelait « dazzle-painting »), mais aussi les avions (certains avions Allemands utilisaient des motifs fait de losanges de différentes couleurs afin de se dissimuler une fois au sol), les chars d’assaut, les postes d’observation et les pièces d’artillerie.

Le camouflage individuel apparaît sur le casque des soldats Allemands lors de l’adoption du nouveau casque, le « Stahlhelm », introduit en 1916 (Stahlhelm est un terme signifiant littéralement « casque (Helm) d’acier (Stahl) ». Il désigne le casque en fer forgé de forme caractéristique, développé vers la fin du XV ème siècle ). Les troupes de choc peignaient leurs casques avec des formes géométriques de couleurs claires, afin de « casser » leur silhouette lorsqu’ils regardaient au-dessus du parapet des tranchées.
Seconde Guerre mondiale
Le camouflage individuel connu de véritables progrès durant le second conflit mondial, lors duquel on l’employa sur les tenues portées par les troupes.
Chaque belligérant adopta des types de camouflages permettant de différencier les troupes amies des troupes ennemies.
Les saison furent prise en considération imposant l’utilisation d’un camouflage adapté. Pour l’hiver par exemple, des tenues blanches tachetées firent leur apparition.
De même l’environnement des opérations dicta certains choix : pour les combats urbains, comme pendant la bataille de Stalingrad, on utilisa des tenues qui faisaient apparaître un décor de briques, tenues qui furent utilisées principalement par l’armée Soviétique.
Concernant les infrastructures des techniques en trompe-l’œil furent employées. Sur les fortifications du « mur de l’Atlantique », des peintres dessinèrent de fausses fenêtres et des façades pour dissimuler des blockhaus et les faire passer pour des immeubles d’habitation.
Il a été estimé à l’époque qu’un camouflage améliorait de 15 % les chances de survie d’un fantassin. Ainsi, Soviétiques, Allemands et Japonais réintroduiront l’usage des ghillie suits ou de simples combinaisons camouflées pour leurs snipers.
Camouflage moderne
Les moyens de détections modernes (vision infrarouge, vision nocturne, vision thermique) ont rendu le camouflage moins opérant, mais son étude et son évolution restent des priorités. Les armées et industriels développent en réaction à ces progrès de nouveaux moyens de camouflage qui en plus d’être déstructurant diminuent le rayonnement thermique. Tac Store propose une gamme large de camouflages adaptés aux conditions actuelles. Vous pouvez notamment retrouver la marque de camouflage Ghost Hood sur notre boutique.
Quels sont les différents types de Camouflages ?
Camouflage à « formes brisées » :
Héritier du camouflage des casques Allemands et des tenues des « camoufleurs » Français de la première guerre mondiale, il est composé de plusieurs couleurs. Ce sont de grandes taches ou coups de pinceaux qui sont appliqués sur un tissu déjà coloré.
Ces motifs aléatoires ont pour avantage de casser les formes.
Flecktarn et camouflage numérique :
En 1937, les Waffen-SS décidèrent, sous l’impulsion d’Heinrich Himmler, de renouer avec le culte du « chasseur/soldat » et de développer un camouflage qui les rapprocherait de la forêt tout en les distinguant de l’armée régulière. C’est ainsi que Brandt and Schick’s développe en décembre 1937 un motif qui rompt avec la technique de brisure. Ce motif est appelé « motif d’arbre », il est composé de petites taches et de formes rappelant les feuilles. Testé sur le champ de bataille, il fut un succès. Il fut amélioré, pour obtenir en 1944 le camouflage de type Erbsenmuster ou « petit pois », seulement composé d’un assemblage sur une base de 4 couleurs de petites taches rappelant le pelage des félins.
Les Américains s’inspirèrent de ce type de camouflage mais ne l’utilisèrent principalement que sur le front Pacifique même si certaines rares unités en furent dotées en juin 1944 (dont des unités pathfinders parachutistes aux treillis zébrés noir).
Durant la guerre froide, l’armée de l’Allemagne de l’Ouest continua d’exploiter ce type de camouflage « petit pois » ou « léopard ».
C’est en 1990 que l’armée Allemande reconstituée utilise le camouflage de type flecktarn, décliné également en version désert Wüstentarn.
Camouflage numérique
Ce type de camouflage à « pois » intéressa les forces armées des États-Unis et de nombreux tests durant les années 1970 s’orientèrent vers des versions à formes carrées ou rectangulaires.
C’est seulement dans les années 2000 que l’armée Canadienne mit au point le premier « camouflage numérique » ou « camouflage pixélisé », le « DCamC » (Dessin de camouflage Canadien),assisté par informatique. Ce camouflage utilise des synthèses d’images satellite. Il est officiellement en service en 2001 et est décliné en versions « aride » (DCamC régions arides ou « RA ») et « arctique ».
Camouflages issus de l’industrie et de la recherche :
Le « MultiCam »
Le MultiCam est un camouflage hexachromique. Il fut en concurrence avec le camouflage UCP (Universal Camouflage Pattern) pour remplacer les stocks de l’armée Américaine.
Développé par la société Crye Precision, il a la particularité d’être tout terrain. Utilisé au départ par certaines forces spéciales de l’United States Special Operations Command.
Il reprend et fusionne l’idée du camouflage « brisé » et du camouflage à « pois » et est en dotation depuis septembre 2009 sur le théâtre extérieur. En février 2010, il fut annoncé qu’il serait adopté par la totalité des forces Américaines déployées en Afghanistan.

Camouflage optique
Des laboratoires de l’armée Américaine développent des camouflages rendant le porteur invisible. Ceux-ci permettent la réflexion de la lumière d’un côté du corps à l’autre. Ainsi, un combattant adossé à un mur noir sera aperçu avec une teinte noire. Des capteurs, placés sur le dos, feront ressortir la même teinte sur le ventre. Ce type de camouflage est en phase de développement.
Camouflage textural
Le caméléon et les céphalopodes (pieuvre notamment) sont une source majeure d’inspiration pour la biomimétique. Non seulement ils peuvent changer de couleur pour se fondre dans leur environnement, mais ils peuvent aussi (en quelques millisecondes) modifier la texture de leur peau et imiter la granularité de leur environnement. La « robotique molle » pourrait bientôt intégrer de telles capacités . Les possibilités de transformation bi- ou tri-dimensionnelles programmables de surfaces élastiques et colorées sont encore rudimentaires.
Camouflage aux infrarouges
Durant la Seconde Guerre mondiale, les armées ont déjà été confrontées au problème du camouflage dans le spectre électromagnétique hors de la vision humaine (infrarouge et ultraviolet).
La photographie infrarouge fut développée par Kodak en 1937. Les nazis y trouvèrent tout de suite une application militaire, pour la détection nocturne des troupes adverses. Le vert naturel de la flore réfléchit cette partie du spectre tandis que le corps humain, qui l’absorbe, apparaît plus sombre. C’est ainsi que l’industriel I.G. Farben développe un agent chimique à haut pouvoir réfléchissant, appelé Hydron Olive GX. Il contient du sulfure et est incorporé dans les parties vertes des camouflages nazis.
De leur côté les Américains ne maîtrisèrent pas pleinement les techniques de vision infrarouge. C’est seulement en 1965, durant la guerre du Vietnam, que l’armée US ajouta des colorants réfléchissants aux tenues militaires.
En 1981, le camouflage M81 Woodland a intégré pleinement des agents réfléchissants. Mais durant ce début des Années 1980, l’armée US se voit confier de nouvelles missions dans le golfe Persique. Elle s’aperçoit que le M81 Woodland devient un handicap pour les zones arides. La solution est simple : ne pas ajouter d’agent réfléchissant dans les camouflages arides et arctiques (tel que dans le Chocolate chips).
Camouflage thermique
Le corps humain (dans une moindre mesure que les véhicules) dégage un rayonnement de chaleur, lié à sa température, visible par thermographie. L’objet chaud apparaît de façon claire, ce qui le détache du fond plus sombre.
Une méthode pour réduire cette signature thermique est de rendre le soldat plus proche de la température de l’environnement en augmentant la surface d’échange. L’utilisation d’un poncho permet la diffusion de la chaleur et casse la forme humaine. Des techniques plus efficaces sont aussi employées, telle que la tenue Ghillie suit qui, par son nombre de fibres, agit comme un radiateur. Une autre technique est de développer des textiles ou des peintures à faible émission, incorporant le plus souvent des particules métalliques.
EN CONCLUSION :
Il faut noter que le camouflage au long de son histoire rejoint la dualité dite de « l’armure et de l’épée » !
A chaque étapes de l’évolution des technologies de nouveaux moyens de détection ont vu le jour, auxquels des nouveaux moyens de camouflage tentèrent de répondre.
Cette course ne prendra fin qu’avec l’arrêt des progrès de la science.
Autant dire que l’histoire du camouflage a encore de belles pages devant elle !